Un bon Chocolat Chaud ou un bain de teinture boisé ?

Un bon Chocolat Chaud ou un bain de teinture boisé ?

Serait-ce un délicieux chocolat chaud ? Et non, voici mon premier bain de teinture à la poudre de chataigner d’Occitanie. Cette poudre ressemble à du bon cacao mais l’odeur qui émane du bain est celle des bois.

Ce parfum d’écorce se propage avec douceur dans mon atelier. Et dans cet appartement au cœur de la ville, il semble que je baigne dans la forêt.

Ces dernières semaines, j’ai souhaité explorer la teinture avec des poudres toutes prêtes. J’ai commandé de la poudre de Noix de Galle, de Garance et de chataigner. Je crois que cela vient d’une curiosité à observer ce qu’est une teinture végétale populaire, une envie de découvrir ces ingrédients dont le pouvoir tinctorial est connu depuis des siècles. C’est comme s’ouvrir à toute une histoire et une transmission de savoir-faire.

Aussi, l’avantage de la poudre est le gain de temps. Et ces dernières semaines, concentrée sur la confection d’objets en tissu, j’ai souhaité m’orienter vers des couleurs que je savais durables au lavage et à la lumière. Ainsi, je peux proposer mes objets teins à la vente, en toute sérénité.

La poudre de châtaigner est puissante. Je l’ai d’abord utilisé dans un bain d’engallage dont je me suis servie pour plusieurs coupes de tissu en coton. Cela m’a permis de révéler de belles couleurs automnales grâce à un second bain de pelures d’oignons jaunes.
Le pouvoir tinctorial de cette poudre de bois s’observe aussi avec l’utilisation de jus de fer ou eau ferreuse. On trempe le tissu le bain ferreux, on laisse un peu sécher puis on vient baigner le tissu dans la casserole de chataigner pour finalement, en quelques minutes seulement, rester fascinée devant la profondeur du noir qui se dessine.

Une nouvelle page dans l’histoire de la fascination pour les couleurs végétales.

Jardins de Ville, Jardins de Vie 2020

Jardins de Ville, Jardins de Vie 2020

Mon premier événement de l’année s’est terminé hier soir. C’est seulement le deuxième “marché” auquel je participe mais déjà, d’un événement à l’autre, on apprend et on est mieux préparé.

La teinture et la couture sont deux univers proches mais différents. Et pour préparer cet événement, je me suis remise à la couture, la création et les recherches de style. Pendant 1 mois, j’ai cherché comment révéler au mieux les tissus teints. Chaque tissu a comme une personnalité. Et comme je le faisais lorsque je travaillais comme styliste, j’ai observé chaque étoffe pour lui donner la forme la plus appropriée à son poids, son tombé, sa texture, son motif et sa couleur.

Lors de Jardins de Ville, jardins de Vie, j’ai donc proposé une palette d’objets variés. Et pour chaque objet, j’ai réalisé les finitions les plus jolies possibles, et les plus durables aussi. Confectionner me pris du temps car la couture n’est pas mon cœur de métier et je voulais absolument me former pour proposer des objets de qualité, avec des détails et finitions élégants.

Le temps pluvieux et froid n’a malheureusement pas permis d’amener beaucoup de monde jusqu’au magnifique parc de Montaigu. Toutefois, je remercie les personnes qui ont bravé le vent et la pluie, et qui sont venues échanger autour de la teinture textile naturelle. J’étais fascinée de discuter avec des personnes de toutes les générations et de voir comment la nature nous unit.

Au plaisir de revoir vos visages lors d’ateliers en ligne ou de prochains événements.

Cet événement fût aussi l’occasion de faire de belles rencontres qui dessinent de nouveau projets pour Coralie Sauvage.

Exploration teintée aux noisettes et Myrobolan

Exploration teintée aux noisettes et Myrobolan

J’ai rapporté d’un des ateliers auxquels j’ai participé à Munnar, Inde, une coupe de tissu préparée au myrobolan. Le myrobolan est un ingrédient que je ne connaissais pas. Il donne un aspect verdâtre pâle au tissu et une odeur légèrement terreuse.

C’est en fait le fruit du badamier, présent en Inde, au Népal et en Amérique du Sud.

Fruit desséché du badamier autrefois utilisé en pharmacie pour ses propriétés purgatives et en tannerie pour ses propriétés tannifères. “On connaît, en pharmacie, sous le nom de myrobalans, cinq sortes de fruits desséchés qui viennent de l’Inde et de l’Amérique” (LittréRobin1858). cnrtl

En teinture, donc le myrobolan peut servir de mordant ou même d’ingrédient de teinture.

La coupe de tissu rapportée avait servit pour dessiner quelques motifs à l’indigo. Mais il m’en restait un bon morceau et j’étais curieuse de le tremper dans des bains.

Le myrobolan peut servir de mordant grâce à sa tenance en tanins. En France, on pourrait utiliser, de la même manière, de la noix de galle ou du brou de noix pour préparer notre tissu avant la teinture.

Pour cette première exploration,
j’ai réalisé une décoction de deux grosses poignées de coques de noisettes.
Décoction dans environ 1L d’eau, pendant 2h.

J’ai retiré les coques puis laissé le bain s’oxyder légèrement avant de tremper un petit échantillon de tissu en coton, sec et imprégné de myrobolan, ainsi qu’un morceau de tissu en lin/coton blanc. Les deux échantillons ont trempé pendant plusieurs heures.

L’échantillon de gauche a été trempé dans le bain chauffé environ 2h puis laissé infusé dans le bocal tiède.

J’ai mis un échantillon (photo de droite) dans un extrait du jus de décoction et
je l’ai laissé plusieurs jours au soleil mais il n’y a pas eu de résultat.

Dans le but d’économiser de l’énergie,
j’ai essayé cette technique encore méconnue de la
marmite norvégienne !

C’est une technique utilisée en cuisine pour conserver la chaleur d’un plat le plus longtemps possible ou pour permettre de cuire durant plusieurs heures sans avoir à surveiller et sans utiliser d’énergie !

Donc, l’idée est d’avoir une boîte/malle/cuve dans laquelle on met un peu de rembourrage. En fait, on isole comme une maison qui veut garder la chaleur. Là, par exemple, c’est une vieille malle avec de la mousse récupérée et des petits coussins. Et au milieu de tout ça, on place notre plat tout chaud. Il peut rester presqu’aussi chaud que lorsqu’il est retiré du feu, pendant 24h !

Le résultat de l’échantillon que j’ai laissé pour ce test n’est pas probant mais cet concept m’enthousiasme beaucoup !

Je suis super heureuse de la couleur obtenue avec l’échantillon de myrobolan (échantillon droite) !
Pour ce qui est de l’échantillon en coton/lin blanc, la teinte est pâle mais je penses que cela peut servir de base pour un nouveau bain ! Peut-être un bain de pelures d’oignons ?

Les noix sont connues en teinture végétale pour leur tenance en tanin.
Les coques de noisette ne dérogent pas à la règle et peuvent donc servir,
tout comme le myrobolan ou la noix de galle, de mordant !

Le mordançage au tanin est une technique que j’apprécie et aime privilégier au mordançage par sel métallique.

Connaissez-vous le mordançage à la coque de noisette ?

Quels sont vos astuces pour réduire votre consommation d’énergie ?

Connaissez-vous la marmite norvégienne ?

Je serais ravie de lire vos retours 🙂

Carnet d’inspiration : Buaisou

Carnet d’inspiration : Buaisou

Photo credit : Buaisou copyright

C’est à Munnar, en Inde, que je fîs la connaissance de Buaisou. L’atelier de teinture naturelle, Aranya Natural, situé au coeur des plantations de thé, célébrait son 25ème anniversaire. Pour l’occasion, ils ont invité des teinturiers des quatre coins du monde pour partager leur passion et échanger sur la durabilité des teintures naturelles.

Trois membres de l’équipe de Buaisou étaient présents. Leur histoire m’inspira, tant par l’esthétique de leur présentation, leur gentillesse que par la beauté de leur projet.

Buaisou a été créé il y a cinq ans à Tokushima, au Japon. C’est une ferme dédiée à la culture d’indigo, à l’extraction de pigment et à la teinture textile indigo.

Pourquoi ce projet est inspirant ?

Tradition locale : Buaisou s’inpire de techniques ancestrales de culture et utilisation de l’indigo. La plante utilisée est locale et la technique est propre à cette région du Japon qui fût longtemps reconnue pour son savoir-faire autour de l’indigo. Ils font donc revivre les traditions locales tout en utilisant des moyens modernes (mais peu consommateurs d’énergie) pour améliorer l’entretien des plants et des feuilles.

Cohérence écologique : L’ambition de Buaisou est de pouvoir réunir au même endroit, les cultures de coton bio, le nécessaire au tissage, la culture d’indigo et finalement la teinture de leurs propres tissus avec leurs propres teintures.  Ils ont trop peu confiance en la gestion des cultures des fermes alentours et préfèrent centraliser tout. Ainsi, ils s’assurent aussi bien de la qualité de leurs plants, que de leurs tissus pour produire des vêtements et objets de qualité.

Générosité et partage : ce sont des personnes qui aiment à partager leur projet et leur savoir. Ils voyagent dans le monde pour donner des ateliers et enseigner la teinture à l’indigo. Ils sont souriants, bienveillants et pédagogues et c’est juste un plaisir d’assister à un de leurs ateliers. J’admire leur sens du partage et du vivre ensemble sur cette belle planète.

Style : Les japonais ont ce sens de la coupe, du détail et de la finition qui font de chacun de leurs produits de belles pièces intemporelles. Ce soin et cette délicatesse sont présentes dans tous ce qu’ils font : même leur communication est élégante.

Découvrez leur site

Bonjour Blouse Solaire !

Bonjour Blouse Solaire !

C’est lors d’une promenade dans une brocante, cet été, que je suis tombée sur cette belle blouse en lin. Elle me faisait de l’œil avec sa belle coupe intemporelle et sa fabrication française.
Mais peu charmée par son teint blafard, je me suis dit que j’allais lui faire prendre un bon bain.

Une fois encore, la teinture naturelle m’éblouit. Grâce à quelques pelures d’oignons jaunes et un mordançage à l’alun, cette blouse renaît dans une couleur solaire et chatoyante.

Malgré l’attention portée au mordançage et à l’humidifcation de la blouse, la couleur n’est pas homogène. J’accepte et j’adore ces imperfections. 

Pour teindre cette blouse,
j’utilise les pelures d’une bonne
dizaine d’oignons jaunes.

Pour le bain de teinture, je fais bouillir
les pelures d’oignons pendant environ 1h30.

Pour faire tenir la couleur plus longtemps,
je trempe la blouse dans un bain de mordançage à l’alun.
1 cuillère à café d’alun. 2h de bain chaud.

Je laisse tremper la blouse pendant 24h. D’abord je fais chauffer durant 2h (sans ébullition), puis je laisse tremper la nuit, hors du feu. Je regarde à plusieurs reprises la couleur pour adapter le temps de trempage et je mélange régulièrement.

Alors qu’en penses-tu ? As-tu déjà essayer de teindre avec des pelures d’oignons ?
Envie de partager ta recette ou tes conseils ?

ECOPRINT : Le motif à l’état pur

ECOPRINT : Le motif à l’état pur

L’ecoprint est une manière brute et pure de figer les courbes de la nature sur une étoffe.

Le geste est simple et intuitif. Quelques feuilles de chêne, de saule ou d’érable, des pelures d’oignons ou des pétales de fleur marquent naturellement la fibre.

Il suffit donc, sur la moitié d’un morceau de tissu humide, de disposer les feuilles. On peut les placer sur l’envers comme sur l’endroit. Selon la feuille ou la plante choisie , ce sera l’envers qui marquera le plus et inversement.

Une fois nos feuilles réparties sur la moitié de l’étoffe, on replie la moitié non recouverte par dessus. On se munit maintenant d’un baton. Cela peut être une branche, mais j’ai aussi utilisé un vieux manche à balai en bois scié en deux.

On va venir enrouler de manière très serrée le tissu autour de notre morceau de bois.

Puis on lace assez fort. Le but ici est que notre feuille soit en contact, le plus possible, de notre étoffe.

Ensuite on laisse la magie opérer et plaçant les batons dans la vapeur pendant 1h.

Ce n’est pas utile pour tous les ingrédients, mais pour les feuilles de chêne par exemple, il est nécessaire de tremper le tissu désormais imprégné du tanin des feuilles dans un bain de teinture qui viendra révéler et renforcer le motif.

Avez-vous déjà essayé cette technique ? Si oui, avec quoi ?